Presse

LA NOBLESSE DE L’OMBRE
Il est de la caste des grands. Sa famille, celle des d’hommes de devoir, est une chevalerie moderne. A ses côtés, on trouverait Robert Soro, Bernard Mommejat, Elie Cester, Jean Condom, Michel Palmié, Olivier Merle, Fabien Pelous. Tellement de points – de poings aussi – communs les unissent de génération en génération. Ils ont le mot rare mais toujours choisi, le coup de casque définitif, la charge lourde. Lionel Nallet, comme ses frères en bleu, est un deuxième ligne. Tout est dit.

Capitaine du quinze de France mais surtout figure tutélaire sous l’ère Lièvremont, de 2008 à 2011, Lionel Nallet personnifie ce qu’est le joueur de rugby dans la pleine acceptation du terme : dur au mal.

Il faut connaître le rugby, ses arcanes, ses secrets, savoir quels liens unissent les poutres d’un pack au cœur des mêlées et des regroupements, pour saisir ce qu’il y a d’intime et de profond dans l’action d’un deuxième ligne. Sur un terrain, un seul de ses regards suffit à faire passer le message du combat et de la solidarité. En dehors, sa grosse voix grave et éraillée a su se faire entendre quand il le fallait.

On dit des deuxième ligne qu’ils sont des hommes de l’ombre. L’expression prend ici tout son sens. Des joueurs comme Lionel Nallet sont si importants dans ce sport de combat collectif qu’est le rugby, si imposants, si épais, immenses même, qu’il n’est pas rare que leur partenaires, sans même parfois s’en apercevoir, jouent dans l’ombre portée de ces géants.

RICHARD ESCOT  

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Publié le 25 08 2011 sur www.leprogres.fr
par : Frédéric Boudouresque

LES PARENTS DE LIONEL NALLET
« PILIERS » DE L’ÉCOLE DE RUGBY.

Véronique Fondraz, une bénévole, Christophe Niogret, le président de l’USB, en compagnie d’Eveline et Daniel Nallet .
© F. Boudouresque

Bourg. Pendant que le joueur de l’équipe de France s’apprêtait à affronter les All Blacks, hier, ses parents s’activaient à l’école de rugby de l’US Bressane. Comme toujours depuis trente ans.

Hier, 10 h 20. Éveline et Daniel Nallet quittent en vitesse les enfants de l’école de rugby de l’Union sportive bressane (USB). Dans dix minutes, c’est une ancienne jeune pousse de cette même école de rugby qui foule la pelouse de l’Eden park d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, le « temple » du ballon ovale, avec le maillot de l’équipe de France sur les épaules.

Lionel Nallet et le rugby, c’était écrit, à écouter sa mère. « Déjà tout petit, le médecin l’appelait « mon petit rugbyman », et il était bougeon, plein d’activité, et surtout costaud. Quand on habitait en appartement, il ne tenait pas en place, il fallait qu’il soit dehors. »
Le père, Daniel, passait déjà ses dimanches après-midi derrière la main courante du stade Verchère, alors qu’il n’avait que 7 ans. Avant d’endosser le maillot du fervent supporter, suivant l’USB dans tous ses déplacements, ou partageant les troisièmes mi-temps à la brasserie du Théâtre. Une autre époque.
C’est donc tout naturellement que le « petit » Lionel, à six ans, intègre l’école de rugby. « Il était surtout motivé par l’ambiance, les copains », se souvient Eveline. « Il était costaud mais il ne donnait pas le maximum. On ne le voyait pas aller aussi loin, mais après, il s’y est mis » ajoute Daniel.

Tandis que Lionel Nallet évolue au Racing Métro et porte parfois le brassard de capitaine de l’équipe de France, ses parents continuent, comme toujours depuis trente ans, à donner de leur temps au club et à son école de rugby. Les maillots des gamins à laver et distribuer, les repas, les thermos de café à remplir, le seau et l’éponge à porter au bord de la ligne de touche, la trousse de pharmacie à compléter, l’intendance du club house et la buvette, les relations avec les parents, ils ont tout connu. « On venait souvent à 5 heures du matin. Si on devait comptabiliser les heures, c’était plus que le temps passé au travail ! », remarque Daniel.

De vrais passionnés. Comme tous ces bénévoles qui sont « aussi importants qu’un joueur de l’équipe première. C’est le nerf de la guerre et sans eux, il n’y a pas de club. Ils arrivent toujours avant et repartent après », explique le président Christophe Niogret.
Cette fois, les parents Nallet ne se sont pas attardés sur la pelouse de Verchère. Face au téléviseur, Daniel est tendu : « Je parle peu, c’est intérieur. Je suis stressé quand il joue. » Eveline est plus expansive : « Placage en l’air ! Et l’arbitre ne dit rien ! Mais prends le ballon ! Ils trichent ! Mais prenez-le aux jambes, arrêtez-le ! Y a en avant ! » Daniel commente sobrement : « On va s’en prendre une. »

Et en effet, les Bleus se prennent une « tôle », mais quand le cameraman zoome sur Lionel, Eveline s’attendrit : « Ah, il s’est fait couper les cheveux à l’hôtel. Ça lui va bien. » La supportrice est aussi une mère qui craint toujours pour son « petit » : « Quand il est à terre, j’ai toujours peur qu’il reçoive. Parce que les All Blacks ça envoie. »
Fin du match : 37-17 pour les Néo-Zélandais et Daniel souffle enfin : « Il aurait fallu qu’il joue en 4 plutôt qu’en 5. Il a surtout joué au paquet et fait du déblayage, c’est normal, c’est son poste. Mais j’aurais bien aimé qu’il marque un essai comme la semaine dernière. »
Leur deuxième ligne de fils va poursuivre son chemin aux antipodes. Eux, à leur manière, sont aussi de vrais « piliers » du rugby.

Frédéric Boudouresque

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Publié le  07 09 2011 sur
 www.rugby365.fr
par Jean-François PATURAUD 

 » UNE CERTAINE PRESSION »
De notre envoyé spécial
en Nouvelle-Zélande.

Titulaire face au Japon, samedi, Lionel Nallet évoque la vie du groupe sur le sol néo-zélandais.
Le deuxième ligne du Racing-Métro est impatient de débuter la Coupe du monde, samedi face au Japon.

Lionel Nallet, dans quel état d’esprit se trouve le groupe ?
La vie de groupe se passe vraiment très bien. En plus, depuis qu’on est arrivé en Nouvelle-Zélande, ça se resserre puisqu’il y a la barrière de la langue.

Comment avez-vous vécu l’annonce de l’équipe face au Japon ?
Forcément, il y a eu des déceptions sur l’annonce de l’équipe. C’est toujours comme ça. Ceci fait parti de notre quotidien de sportif. Après je ne sais pas s’il y aura une hiérarchie établie. Á mon avis, l’effectif risque de tourner sur le prochain match. Aujourd’hui, on est quinze à attaquer donc on fera le maximum pour gagner ce match. Ensuite, on verra.

Certains joueurs ont dû être déçus par l’annonce…

Oui, il y a toujours un petit peu de frustration. C’est un match d’ouverture de la Coupe du monde, on a toujours envie d’être titulaire. Quelque part, c’est un atout puisqu’un joueur qui se satisfait d’être sur le banc, n’aura plus sa place dans le sport. C’est un moment difficile à gérer. Mais du fait que l’ambiance est relativement saine dans le groupe, ça se passe bien.

Avez-vous hâte que la compétition débute ?
Oui, bien sûr. Ca fait quatre ans que je suis avec Marc et certains joueurs, avec la Coupe du monde comme ambition. On attend ça depuis quatre ans donc on a vraiment hâte que ça commence.
« Montrer à tout le monde que l’équipe de France est postulante au titre »

Comment ferez-vous pour vous détacher de l’excitation autour de cette Coupe du monde dans le pays du rugby ?
On est en train de vivre des moments dans une carrière qui sont exceptionnels. Après, il faut relativiser les choses. On ne doit pas se retrouver frustrés sur le terrain à cause de l’ampleur de l’évènement. Mais plus tempérer tout ça et trouver le juste milieu. Une Coupe du monde, c’est quelque chose d’extraordinaire pour un joueur. Mais il y a tout un tas de choses qui vont avec. On est éloigné des familles par exemple. Il y a toutes ces choses qu’il faut savoir combiner. Quelque part, les plus anciens qui ont déjà vécu ça doivent être là pour accompagner les jeunes qui n’ont pas connu d’évènement comme ça.

Lors du premier match face au Japon, la pression sera moindre…

On a quand même une certaine pression. Le premier match, c’est quelque chose d’important pour bien démarrer la compétition et montrer à tout le monde que l’équipe de France est là et postulante au titre. Après, on se sent peut-être un peu moins regardé mais je ne sais pas si c’est vraiment handicapant.
Avec l’expérience, abordez-vous cette Coupe du monde de manière plus confortable ?
Pas forcément. En 2007, j’avais la même ambition que pour cette Coupe du monde. Après les regards extérieur, c’est une chose mais quand on se concentre sur soi-même, les objectifs sont les mêmes.

Ressentez-vous une ambiance particulière dans cette Coupe du monde en Nouvelle-Zélande ?

Oui, on ressent que c’est un pays de rugby. On le voit à travers les supporters néo-zélandais qui viennent nous voir à l’entraînement. Même s’ils sont néo-zélandais, ils prennent un drapeau français. Il y a vraiment une marque de sympathie de leur part qui est vraiment appréciable.

Est-ce comparable au soutien lors de la Coupe du monde en 2007 ?

Non, c’est différent. En 2007, on avait nos supporters français. Il y avait un gros engouement. Aujourd’hui, on sent cette excitation du peuple néo-zélandais. Mais ils sont plus derrière leur équipe que derrière nous. Malgré tout, les gens sont très présents.

La Nouvelle-Zélande peut-elle se faire piéger par les Tonga ?

Non, ils sont quand même supérieurs aux Tonga. Craquer à ce moment là, ça m’étonnerait.

Allez-vous suivre le match d’ouverture ?

Oui on va le regarder en direct à la télé. Et puis après on aura les retours vidéo.

Les supporters français commencent à débarquer sur le territoire néo-zélandais. Quel effet cela vous fait-il ?

Déjà, ça fait du bien de voir qu’on a du monde derrière nous. Je pense qu’il y aura un peu plus de monde la semaine prochaine. C’est plaisant pour les joueurs de voir des supporters quand on est à l’autre bout de la France.

Vous serez associé à Julien Pierre en deuxième ligne contre le Japon. Comme vous, c’est un ancien berjallien. Est-ce un atout pour votre entente ?

Même si on n’a pas joué ensemble à Bourgoin, il a l’étiquette berjallienne collée sur le front.  C’est vrai que ça rapproche les gens. Après, c’est un joueur avec qui je m’entends très bien, ça fait plusieurs années qu’on se côtoie en sélection. En plus, on a un peu le même tempérament donc ça se passe vraiment très bien.

 Jean-François PATURAUD